ILYA REPINE (1844-1930) : LOIN ET PROCHE

A l’issue d’une exposition consacrée à Ilya Répine aux Pays-Bas en 2005, un historien d’art s’étonna de l’enthousiasme des visiteurs pour un peintre dont beaucoup ignoraient tout. Un tel étonnement aurait été impossible en Russie où l’oeuvre de cet artiste se confond avec la russité au point que Répine serait « inimaginable en dehors de la Russie » ! Mais qui était donc Ilya Répine, ce monument mystérieux de la peinture européenne ? Ilia Iefimovitch Répine est né le 24 juillet 1844 près de Kharkov en Ukraine. Issu d’un milieu modeste de colons-militaires russes, sa formation artistique débuta dans l’atelier d’un topographe, se poursuivit dans celui d’un peintre d’icônes avant de s’achever, en 1863, à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Il étudia alors sous la férule d’Ivan Kramskoï, grande figure artistique et fondateur de l’association des « Ambulants », un mouvement artistique prônant une libéralisation de l‘art. La première oeuvre importante de Répine, « Les bateliers de la Volga » (1870-1873), rejoint cette ambition. L’artiste y saisit sans concession un groupe de journaliers tractant péniblement une barge le long de la Volga. Mais plus que l’évocation des inégalités de la société russe, ce tableau nous entraîne dans une profonde réflexion sur la condition humaine, ce dépassement du motif constituera le fil rouge de toute l’oeuvre de Répine. En 1873, médaillé d’or à l’Académie et fraîchement marié, Répine part voyager en Europe. Il visite l’Italie mais pose ses valises à Paris pour trois ans. Le peintre côtoie la scène artistique parisienne et ne rate pas la première exposition des Impressionnistes (1874). Usage de la couleur et de la lumière, spontanéité et rapidité de la touche - voilà ce qu’il ramènera de Paris tout en gardant ses distances avec l’Impressionnisme. En 1878, il rejoint l’association des Ambulants : « je suis des vôtres » leur crie-t-il, c’est-à-dire j’adhère à votre vision sociale de l’art. Il est également présent dans les cercles littéraires moscovites, Tchekhov l’admire et Pavel Tretiakov lui commande une série de portraits. Répine fige alors, pour l’éternité, les traits de Glinka, Rimski-Korsakov, Tourgueniev et de Tolstoï… En 1894, il retourne à Saint-Pétersbourg comme professeur à l’Académie, puis se lie avec Serge Diaghilev, le nouveau prophète de la modernité. Mais leur lune de miel fut courte, et après leur rupture, Répine deviendra un anti-moderne : symbolisme, futurisme, cubo-futurisme s’en était trop pour lui ! S’ensuit une période moins touffue illustrée par son installation à Penaty (Finlande) et l’écriture de son recueil de souvenirs « Loin et proche ». En 1930, Ilya Répine s’éteint et rejoint au panthéon des artistes ses modèles, Velazquez et Rembrandt. Débute alors en URSS la « canonisation » grotesque de Répine présenté comme un « proto-révolutionnaire » initiateur du réalisme-socialiste. En Occident, c’est le contraire, Répine devient un infréquentable raté de la modernité dont l’oeuvre est creuse ! Ces deux visions simplistes sont aujourd’hui dépassées et Ilya Répine est étudié autant pour sa pratique picturale que pour son regard pertinent et sublimé sur les bouleversements de la société russe à la fin du XIXe siècle.

Les dates à retenir :

1844, 5 août : naissance à Tchougouïev (province de Kharkov) d’Ilia Efimovitch Répine, fils du colon militaire Efim Vassilievitch Répine et de Tatiana Stepanovna Répina, née Botcharova.

1864 : reçu à l’Académie impériale des Beaux-Arts. Rencontre le peintre Ivan Kramskoï.

1870 : part en vacances sur la Volga où il dessine des bateliers et des paysages. Reçoit la Grande Médaille d’or pour son tableau La Résurrection de la fille de Jaïrus.

1873 - 1876 : se rend avec sa famille en Italie et en France.

1880 : naissance de la fille de Répine, Tatiana. Effectue un voyage en Ukraine pour rassembler des matériaux pour son tableau « Les Zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie ».  

1894 : se rend en France. En septembre, commence à exercer ses fonctions de professeur d’atelier à l’École Supérieure des arts de l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Peint Le Mariage de Nicolas II et de la grande-duchesse, Alexandra Feodorovna.

1899 : éffectue un voyage dans le Caucase et sur la Volga. Devient membre de la rédaction de la revue Mir Iskousstva (« Le Monde de l’Art ») la revue de Serge Diaghilev mais peu de temps après, quitte cette rédaction. Achète une maison de campagne à Kuokkala (non loin de Saint-Pétersbourg) qui portera le nom de « Pénates » (à présent Musée Répine « Pénates »).

1907 : donne sa démission à l’Académie des Beaux-Arts. Peint à Yasnaïa Poliana le portrait de Léon Tolstoï avec sa femme. Se rend à Tchougouïev en Ukraine, puis en Crimée. Écrit ses souvenirs sur le critique et homme de lettres Vladimir Stassov.

1916 : en collaboration avec Komeï Tchoukovski, travaille sur ses mémoires publiées sous le titre « Loin et proche » après sa mort en 1937.

1917 : salue la Révolution bourgeoise en Russie. Fait le portrait d’Alexandre Kerenski, le ministre-président du gouvernement provisoire de la Russie jusqu’en novembre 1918.

1930 :  29 septembre, mort d’Ilya Efimovitch Répine. Le maître est enterré dans le parc des « Pénates » en Finlande.

vendredi 16 avril a 10h

Votre conférencier

Diplômé de l’Ecole du Louvre et de l’université Paris-IV-Sorbonne, Fabrice Delbarre est Guide conférencier-national.

À lire pour aller plus loin :

Grigori Sternine, Elena Kirillina, Ilya Répine, Parkstone International (2019).

Sternine, Grigori, Ilia Répine, Leningrad Aurora 1985.

Collectif, Exposition Ilya Repin: Russia's Secret, Waanders, Groningen, 2005.

Collectif, « L’art russe dans la seconde moitié du XIXe siècle : en quête d’identité », Musée d’Orsay, RMN, 2005.


À REGARDER pour aller plus loin :

You tube, une frise de 479 oeuvres de Répine.