SALVADOR DALI, (1904-1989) OU LA SURRÉALITÉ

« Chaque matin au réveil », a écrit le peintre des Montres molles et des Girafes en feu, « j’expérimente un plaisir suprême : celui d’être Salvador Dali ». Catalan assoiffé de gloire, Dali a beaucoup peint et beaucoup parlé. Son sujet favori : comment on devient un génie. Sa conclusion : « O Salvador, si tu joues au génie, tu le deviens ! ». Les obsessions majeures qui parsemèrent dès le début toute son œuvre procèdent directement des origines catalanes de Dali. On a écrit que le Catalan n’accordait d’existence qu’à ce qu’il pouvait manger, entendre, toucher, sentir, voir. De cet atavisme matérialiste et culinaire, Dali ne fait pas mystère : « Le Christ c’est du fromage, mieux encore des montagnes de fromage ». Cette autre réalité, cette surréalité, celle d’André Breton essentiellement, consacre ceux qui représentent le monde de la fantaisie et du rêve dans une figuration explicite. En 1930, La Révolution surréaliste devient Le Surréalisme au service de la révolution, qui paraît jusqu’en 1933. Si ce changement de titre signale l’importance accordée à la politique par le mouvement –vision trotskiste à laquelle ne succomba jamais Dali, bien au contraire-, il n’a guère d’importance sur le contenu des œuvres picturales. En effet, la révolution reste un concept ouvert pour Breton qui affirme : « Transformer la vie, a dit Rimbaud, ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un ». L’art de Dali semble répondre à cette option. Dès 1928 en effet, celui-ci collabore avec le cinéaste Luis Buñuel à l’écriture du scénario de Un chien andalou, suivi en 1931 de L’Age d’or. Dans ses films, Dali met au service du renversement des valeurs établies –armée, Église, pouvoir- une imagerie délirante qu’il utilise également dans ses tableaux. Il explique la création de ces derniers par la méthode « paranoïa-critique », « méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l’association interprétative critique des phénomènes délirants ». Avec un perfectionnisme obsessionnel de la facture qui lui fait élire Meissonnier comme modèle, il réalise des tableaux où le désir, en particulier sexuel, est représenté à l’aide de formes flasques et fragmentaires, dont les échelles sont mélangées, dans une accumulation de détails incongrus. Fou pour certains, génie pour d’autres, le maître déclara : « Le clown ce n’est pas moi, mais cette société malheureusement cynique et si naïvement inconsciente, qui joue au jeu du sérieux pour mieux cacher sa folie. Car moi je ne suis pas fou ».

Les dates à retenir :

11 mai 1904 : naissance à Figueras (Espagne).

1921 : entrée à l’École des Beaux-arts de Madrid.

1926 : voyage à Paris et Bruxelles, visite de l’atelier de Picasso, découvre les œuvres de Vermeer de Delft.

1929 : rencontre avec André Breton et Dali séduit Gala la femme de sa vie, sa muse.

1930 : Dali établit les bases de sa méthode « paranoïa-critique ».

1931 : première exposition surréaliste aux USA.

1938 : rencontre avec Freud à Londres.

1941 : exposition anthologique de Dali au MOMA de New-York (USA).

1964 : Rétrospective qui lui est consacrée à Tokyo au musée Seibu. 

1970 : création du musée de Figueras (Espagne).

1971 : ouverture du Dali Muséum à Cleveland (USA).

1982 : ouverture du Dali Muséum à Saint-Pétersbourg en Floride.

15 avril 1983 : lègue toute son œuvre à l’État espagnol.

23 janvier 1989 : décès de Dali meurt dans la Torre Galata à Figueras.

LUNDI 21 JUIN À 10H

Votre conférencier

Docteur en Histoire de l’Art moderne de l’université Michel de Montaigne (Bordeaux 3), chercheur associé Criham-Unilim, enseignant en classes préparatoires, Christophe Levadoux est spécialiste de l’Histoire de l’Architecture et des arts décoratifs français au XVIIIe siècle, à travers notamment le mécénat artistique des princes de Bourbon-Condé. Auteur de nombreux articles scientifiques liés à son sujet de spécialité et au patrimoine auvergnat, sa thèse Louis-Henri de Bourbon (1692-1740), prince des Lumières doit être publiée prochainement en deux volumes (vol 1. Les bâtiments ; vol.2. Les objets d’art). Conférencier reconnu en région Rhône-Alpes-Auvergne, son esprit résolument progressiste et iconoclaste le pousse à vulgariser l’Histoire de l’Art auprès d’un public avide de ses présentations érudites et décalées. Sa devise ? « Le courage a le mérite que l’on se doit pour exister » Sonia Lahsaini.

À lire pour aller plus loin :

Dali, une histoire de la peinture, catalogue de l’exposition tenue à Monaco du 6 juillet au 8 septembre 2019, Paris, Hazan, 2019 (catalogue collectif).

Chassey (Eric de), Le surréalisme dans l’art américain, Paris, RMN, 2021.

Montse (Aguer), Los tesoros de Salvador Dali, Barcelona, Ed. Libreria Universitaria, 2009.