CARTHAGE : une métropole méditerranéenne

Les sacrifices d’enfants, le commerçant cupide et rusé ou la perfidie punique : ces images d’Epinal sont autant de représentations fossilisées de Carthage, construites par une littérature classique toujours aussi ambigüe quant il s’agit d’aborder cet « autre » nécessairement différent.

En l’absence d’une littérature punique, disparue avec la destruction de la métropole africaine, il a fallu attendre les précieux enseignements de la documentation archéologique et d’une valorisation savante des sources écrites pour entrevoir l’histoire et la civilisation carthaginoises sous un jour nouveau. On voit alors apparaître une cité solidement adossée à l’héritage phénicien, auquel elle restera jusqu’au bout fidèle, mais de plus en plus ouverte aux apports méditerranéens - surtout grecs -, adoptés avec éclectisme et originalité. Très tôt menacée par des prétentions d’ordre impérialiste, qu’elles émanent d’Athènes ou d’Alexandre le Grand, ces apports vont servir aux profondes réformes urbanistiques et militaires lancées par Carthage pour faire face efficacement aux différentes menaces émanant de l’Orient grec et de Syracuse, mais aussi pour satisfaire ses prétentions hégémoniques en mer intérieure. On la voit ainsi prendre toutes ses responsabilités face à l’irrésistible émergence de Rome et l’enjeu sicilien.

En réinsérant ces évènements dans l’histoire de la cité on arrive à appréhender la vitalité et le rôle dynamique, en Méditerranée occidentale, d’une métropole alors en pleine ascension.

Les dates à retenir :

(les dates sont avant J-C., sauf mention expresse)

- 814 : Date conventionnelle de la fondation de Carthage.

- 1er tiers du VIe s.-396 : Dynastie des Magonides : pacification de la Sardaigne, des côtes occidentales de Sicile ; début de la constitution d'un Etat carthaginois en Afrique du nord-est.

- 509 : Premier traité romano-punique qui délimite les zones d’influences respectives en Méditerranée et qui sera suivi par au moins trois autres traités de ce genre, en 348, 306 et 278.

- 373 : traité entre Carthage et Syracuse, confirmé par celui signé en 362, qui délimite physiquement le domaine de Carthage en Sicile.

- 264-241 : Première guerre romano-punique : perte de la Sicile, puis de la Sardaigne (237), et du contrôle de la méditerranée centrale.

- 241-237 : Guerre d’Afrique et des mercenaires : pacification de l’Etat carthaginois et des côtes maghrébines ; mise au pas de tribus numides.

- 236-218 : Conquête et pacification de l’Hispanie par les Barcides.

- 218-201 : Deuxième guerre romano-punique : perte de l’Ibérie et de l’hégémonie en Afrique.

- 149-146 : Troisième guerre romano-punique : Destruction de Carthage. Fin de l'Etat punique de Carthage.



Votre conférencier

Khaled Melliti est chercheur associé, Laboratoire Mondes Sémitiques, UMR 8167, Orient et Méditerranée.             

À lire pour aller plus loin :


Khaled Melliti, Carthage. Histoire d’une métropole méditerranéenne, Ed. Perrin, Paris, 2016

Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, Ed. Les Belles Lettres, Paris, 2006

Mhamed Fantar, Carthage. Approche d’une civilisation, 2 volumes, Ed. de la Méditerranée, Tunis, 1993

Serge Lancel, Carthage, Fayard, Paris, 1992.


Ouvrages et articles de Khaled Melliti :

(Les titres des articles sont mentionnés entre guillemets).

Rome et Carthage : 509-29 av. JC, Atlande (ouvrage collectif à paraitre, janvier 2021)

"Une inscription inédite de Carthage", Sémitica et Classica, X, 2018

" Les Barcides et l'Afrique", in M. Makdoun et A. Ouahidi (éds), Actes du Colloque sur le patrimoine du Maghreb antique : des origines à la fin des royaumes africains (Colloque de Fès, 7-9 mai 2015), Fac. des Lettres, Fès, 2018.

" Milqart à Carthage et la politique barcide", Sémitica et Classica, VII, 2014.

"Religion et hellénisme à Carthage : la politique aristocratique à l'épreuve", Pallas, 70, 2006.