Les Tulou des Hakkas du Fujian
Ci-dessus : cinq tulou hakka dominent un vallon planté de théiers. Photo : May.
Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas familiers de l’histoire et de la civilisation chinoise, ce titre peut sembler quelque peu énigmatique. Clarifions-en donc les trois termes en commençant par le dernier.
Le Fujian est une province méridionale de la Chine située sur la côte est du pays, pile en face de Taïwan. La capitale du Fujian est Fuzhou – une petite ville de dix millions d’habitants ou peu s’en faut – dans laquelle vécut Paul Claudel, l’inoubliable auteur de Cent phrases pour éventails, entre 1899 et 1905. Il y fut même consul.
Les Hakkas sont un peuple han vivant dans le sud de la Chine – ce que l’on pouvait du reste déduire de ce qui précède, une précision pire qu’inutile donc – peuple qui aurait migré des provinces du Nord en vagues successives dont la première daterait d’une période comprise entre le IIIᵉ et le Vᵉ siècle ap. J.-C.**
La raison de ces migrations ? Échapper aux barbares crus*** qui menaçaient alors l’Empire du Milieu sur sa frontière nord.
Plusieurs traits distinguent les Hakkas de leurs voisins, parmi lesquels une importance très grande accordée au culte des ancêtres ainsi que le fait de vivre dans un habitat partagé original : le tulou. Nous y voilà.
Un tulou n’est donc rien d’autre qu’une grande habitation communautaire construite dans un but défensif. De plan circulaire, carré ou rectangulaire, cette dernière (la grande habitation) peut loger de plusieurs familles à un village entier.
Si le mur extérieur (en terre crue) n’est percé que de rares meurtrières – du moins en était-il ainsi à l’origine – la cour centrale du tulou est toujours vivement animée.
Les premiers tulou datent du XVᵉ siècle, les derniers du siècle dernier.
Ce type d’habitation a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 2008.
*Le début d’un haïku parmi d’autres : « La nuit approche ta joue de ce Bouddha de pierre et ressens combien la journée a été brûlante. »
**Curieuse concordance des temps : au même moment, à l’autre bout du monde, un autre empire subissait lui aussi les assauts furieux des barbares crus qui vivaient au-delà de ses frontières.
***Les Chinois distinguaient les barbares crus (shengman) des barbares cuits (shuman). Les premiers leur semblaient inassimilables alors que les seconds, bien qu’encore affreusement barbares, étaient en voie de sinisation.