Strasbourg Art nouveau : l’immeuble égyptien

Au voyageur curieux qui visiterait Strasbourg, on ne peut que conseiller de quitter un instant le vieux cœur médiéval et Renaissance pour aller se perdre dans la Neustadt (la « ville nouvelle »), grande extension urbaine édifiée à la fin du XIXᵉ siècle.

Au n° 10 de la rue du Général-Rapp, notre voyageur découvrira un immeuble d’habitation que l’on appelle – pour d’évidentes raisons – la maison égyptienne. Édifiée entre 1905 et 1906 pour le tailleur Robert Goeres, dont l’atelier occupait le rez-de-chaussée, la maison fut dessinée par l’architecte alsacien François Scheyder, associé pour l’occasion au peintre Adolphe Zilly.

Avec sa façade à cinq travées, ses jeux de retraits, ses balcons en surplomb et ses garde-corps en ferronnerie, la maison égyptienne relève sans ambiguïté de l’Art nouveau. Le décor puise largement dans un vocabulaire égyptisant. Le pan central est occupé par une grande fresque polychrome : un couple égyptien chasse les oiseaux au milieu des papyrus et des lotus, sur un fond de tiges stylisées. Plus haut, un disque ailé et des motifs de perles et de palmettes complètent l’ensemble.

Les parties sculptées reprennent ces références, avec des pilastres évoquant des colonnes-fleurs et des éléments géométriques soulignés de touches colorées. Les balcons sont ornés de garde-corps en forme de chauves-souris stylisées, motif que Scheyder réutilisera ailleurs.

Cette superbe façade a fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration, notamment en 1995 puis en 2010, qui ont rendu à la fresque centrale ses belles couleurs vives. Aujourd’hui, la maison égyptienne compte parmi les exemples les plus singuliers – et les plus photogéniques – de l’Art nouveau strasbourgeois.

Photo : Christophe Hamm - Office Métropolitain de Tourisme, des Loisirs et des Congrès de Strasbourg.