Le boulanger de Saint-Romain
Photo : musée de Saint-Romain-en-Gal.
Le panneau que vous avez sous les yeux fut découvert en 1880 (ou 1881) à Saint-Romain-en-Gal, dans le Rhône, à moins d’une heure des terrains du CSBJ, par un dénommé François Barou, jardinier de son état. Il appartient à une belle mosaïque – dite des Saisons – composée de pas moins de vingt-sept panneaux, tous aussi beaux que celui-ci.
Précisons à l’intention de celui que titille une irrépressible curiosité toponymique que le saint Romain dont le nom fut donné à ce coin des Gaules était un diacre de Césarée lequel fut martyrisé en 303, dans les dernières années du long règne de l’empereur Dioclétien. Par où l’on voit que les affaires d’Orient passionnaient déjà les autochtones il y a deux mille ans ou peu s’en faut.
Si le fait qu’un Romain se prénomme Romain vous étonne, dites-vous qu’il y a des François en France et des Italo en Italie. Et poursuivons, si vous le voulez bien.
La mosaïque des Saisons fut acquise par le musée du Louvre en 1892 puis transférée au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, une vénérable institution qui consentit à prêter ladite mosaïque au musée de Saint-Romain-en-Gal où elle se trouve aujourd’hui. Étonnante logique que celle de la centralisation, qui produit parfois des fruits d’une évidence inattendue.
L’amateur éclairé par autre chose que l’écran de son téléphone s’émerveillera, cela dit, de la permanence des gestes. Admirez avec quel naturel le mosaïste a représenté ici, à l’aide de tesselles de calcaire, de pierre et de verre, le boulanger enfournant le pain à cuire.
Une dernière chose avant de nous quitter, car le café et l’infographiste s’impatientent déjà : la mosaïque des Saisons date du IIᵉ ou du début du IIIᵉ siècle de notre ère très chrétienne, c’est-à-dire des temps heureux d’avant la crise. À propos de crise, une étonnante concordance des temps a voulu que notre beau boulanger sorte de terre en pleine période boulangiste.