Cataphractii et clibanarii : la cavalerie lourde dans l’Antiquité
Ci-dessous : ce graffito a été découvert sur le site de Doura Europos, une forteresse romaine qui gardait la frontière de l’Euphrate, laquelle fut prise et détruite par les Sassanides aux alentours de 256 ap. J.-C. On distingue nettement sur ce dessin un cataphractaire entièrement cuirassé perché sur un cheval que protège un caparaçon.
On pense souvent que l’infanterie lourde – laquelle s’incarne dans la figure de l’hoplite et du légionnaire - a régné sans partage sur les champs de bataille de l’Antiquité. Rien n’est plus faux évidemment car – très tôt – la cavalerie a joué un rôle décisif non seulement dans la conduite de la guerre en général (reconnaissance, harcèlement, poursuite) mais également sur le champ de bataille.
Eh oui, les armées de l’Antiquité possédaient déjà une cavalerie nombreuse et spécialisée, adaptée aux différentes missions qui lui étaient confiées.
Maints succès d’Alexandre et d’Hannibal s’expliquent ainsi par un emploi judicieux de la cavalerie : cavalerie lourde des Compagnons utilisées pour le choc par le premier ; cavalerie gauloise et numide utilisée pour le choc et la manœuvre par le second.
Intéressons-nous de plus près à la cavalerie lourde à présent.
Si les étriers ne furent pas utilisés avant le haut Moyen-âge (ou la fin de l’Antiquité tardive si l’on préfère), les armées de l’Antiquité disposaient pourtant d’une puissante cavalerie lourde qui trouve son origine chez les peuples nomades de la grande steppe, ce continuum géographique qui va de la Puszta hongroise à la boucle de l’Ordos (dans l’actuelle Mongolie intérieure).
Achéménides et surtout Parthes puis Sassanides adoptèrent et adaptèrent les équipements et les tactiques de leurs voisins nomades avant que Grecs et Romains n’en fassent de même.
De la bataille de Carrhes – qui coûta la vie au triumvir Crassus en 53 av. J.-C. – au titanesque affrontement qui opposa l’Empire d’Orient dirigé par Héraclius à l’Empire sassanide de Khosro II entre 602 et 628 ap. J.-C., la cavalerie lourde s’illustra sur tous les champs de bataille.
Les Romains employaient deux termes – piqués aux Grecs, comme tant d’autres choses - pour désigner leurs unités de cavalerie lourdement cuirassées : les clibanarii et les cataphractarii. On pourrait rendre le premier par les fours sur pattes et le second par les couverts-de-partout, un terme qui traduit bien la réalité. Il suffit de relire Tacite ou de jeter un œil à la colonne Trajane pour s’en convaincre.