Le pouvoir par les armes
Dans les sociétés anciennes, le pouvoir politique et le pouvoir militaire sont souvent indissociables — ce dont, parfois, la langue garde la trace. C’est le cas, par exemple, dans le monde indo-iranien, où certains mots liés à la guerre, au règne et à la souveraineté proviennent d’une commune racine.
Rendons-nous dans l’Inde védique pour commencer.
En sanskrit, la classe des guerriers — et donc des détenteurs du pouvoir — porte le nom de kṣatriya (pour la frime : क्षत्रिय). Ce terme dérive de kṣatra (क्षत्र), un mot qui signifie quelque chose comme pouvoir, domination, souveraineté. À l’origine, le guerrier (kṣatriya) est donc littéralement celui qui détient le kṣatra, c’est-à-dire l’autorité. Pour le dire avec les mots d’Audiard : « quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent. »
Cap à l’ouest, maintenant, pour rejoindre le monde iranien, où l’on retrouve un terme étroitement apparenté. En avestique, xšaθra désigne le pouvoir (ou le royaume), terme dont proviennent le verbe xšāya- (régner) et le titre xšāyaθiya (roi), c’est-à-dire celui qui règne.
Même racine, donc, et évolutions parallèles qui lient pouvoir et puissance militaire. En Inde, le vocabulaire du pouvoir a servi à nommer un ordre social : celui des guerriers-dirigeants. En Iran, il a servi à nommer plus directement le statut royal. Dans les deux cas, la langue rappelle une évidence politique : dans l’Antiquité, gouverner suppose souvent de pouvoir combattre, ou de se faire obéir par ceux qui combattent.
Ici à gauche: le xšāyaθiya xšāyaθiyānām Dārayavauš (notre Darius Ier) est ici représenté en majesté sur un relief de Persépolis. Photo : Derfash Kaviani.