de l'influence du français sur l'anglais, jusque dans l'assiette


Un ennemi sournois menace la langue française. Il se glisse dans les conversations les plus courantes, des tests de connaissances réalisés par les écoliers jusqu’aux e-mails échangés dans le monde professionnel : nous parlons bien évidemment des anglicismes !

Heureusement des sentinelles veillent et des remparts, tels celui de l’Académie Française, se dressent face à ce fléau linguistique.

Pourtant, cette intrusion anglo-saxonne sur le continent est de bonne guerre : n’oublions pas que, pour une fois, ce furent les Français qui tirèrent les premiers (si tant est que l’on puisse parler de France à cette époque soit dit en passant).

En 1066, en effet, un certain Guillaume de Normandie (au surnom moins plaisant de Guillaume le Bâtard) remporte une victoire décisive à Hastings, une charmante bourgade du Sussex située non loin de la Manche, victoire qui lui permet de ceindre la couronne d’Angleterre sous le nom de Guillaume Ier. Nous le connaissons mieux sous le nom de Guillaume le Conquérant.

Avec la geste de Guillaume débute, Outre-Manche, trois longs siècles durant lesquels le français est la langue officielle de la cour, des administrations et des élites. Trois longs siècles, damned ! Durant lesquels on parle françois au pays des Godons !

Ça c'est une frappe préventive que même Colin Powell n'aurait pas osé imaginer.

Aujourd’hui on estime que cet héritage linguistique représente entre... un et deux tiers du lexique anglais. Rien de moins.

Bien évidemment, les langues anglo-saxonnes, d’origine germanique, n’ont pas disparu de l’île au XIème siècle avec l’arrivée des Normands : elles restent le parler des gens du peuple et des milieux les moins lettrés.

Veut-on un exemple de cette cohabitation linguistique et sociale ?

Tandis que le paysan du Sussex élevait dans son champ sheep, ox et pig, le noble voyait défiler dans son assiette : mutton, beef et pork, autrement dit du mouton, du bœuf et du porc ! Les mêmes bestioles mais sous des vocables bien différents.

Ci-dessous : scène de banquet tirée de la tapisserie de Bayeux(scène 43). On y distingue l’évêque Odon de Bayeux bénissant la nourriture et les boissons du festin. D’ailleurs c’est écrit dessus, en latin pour mettre tout le monde d’accord : Et hic episcopus cibu(m) et potu(m) benedicit.