Barbecue, cannibale, dominical
Ci-dessous : la scène de cannibalisme que vous voyez là a été dessinée par Théodore de Bry à la toute fin du XVIe siècle pour illustrer la Destruction des Indes de Las Casas, un ouvrage publié un demi-siècle auparavant.
Il y a peu, l’innocent plaisir dominical du barbecue était dénoncé comme la manifestation sanglante d’un ordre patriarcal aveugle aux dangers qu’encourt la rotonde sphère qui supporte placidement notre grenouillante espèce.
Innocent plaisir, vraiment ?
C’est oublier un peu vite d’où nous vient le mot (et donc la chose que le mot désigne), comme nous l’allons voir.
Le mot barbecue — tout comme cacique, hamac, tabac et canoë, notez-le bien — nous vient en effet des langues arawaks, un ensemble d’idiomes que parlaient les populations indigènes qui peuplaient les Caraïbes avant l’arrivée d’un certain Christophe Colomb, navigateur paumé qui voulait se rendre en Chine et qui parvint en ces contrées fort éloignées de l’Empire du Milieu, flanqué d’une poignée d’hommes et de légions de microbes, combinaison qui s’avéra mortelle aux premiers nommés, les locuteurs des idiomes susdits.
Car, évidemment, de nombreuses populations se partageaient alors les terres et les mers de la zone caraïbe, parmi lesquelles il faut citer les Taïnos et les Kalinagos. Alors que les premiers auraient été de braves gens comme vous et moi, les seconds auraient constitué des bandes de brutes cannibales dont les remuantes tribus obéissaient à un ordre patriarcal. Nous y revoilà.
Qu’importe, dans le fond, que la recherche actuelle nuance la vision manichéenne — pour ne pas dire georgebushjuniorienne — qui fut celle des premiers témoignages à nous décrire ces populations que la conquête et les épidémies, du reste, eurent tôt fait d’exterminer.
Cela étant dit, revenons au barbacoa. Dans les langues arawaks, ce mot désigne une claie de bois surélevée, une sorte de gril, servant à fumer, sécher ou rôtir des aliments variés parmi lesquels — si l’on en croit le témoignage horrifié des Européens — l’ennemi vaincu constituait un met de choix.
On comprend dès lors la généalogie de l’équivalence évoquée en préambule : le barbacoa, c’est le mâle.