Dans l'Athènes de Périclès, les relations homosexuelles entre citoyens étaient sévèrement réprimées

Ci-dessus : éraste et éromène. Cette belle coupe attique à figures rouges date du Vème siècle av. J.-C. Elle se trouve aujourd'hui au musée du Louvre. Photo : Marie-Lan Nguyen.

Et oui.

Contrairement à ce que l'on répète souvent, à Athènes, l'homosexualité entre pairs n'allait pas de soi. Bien au contraire.

Pour commencer, il faut rappeler un détail pas tout à fait anodin : le mot homosexuel ne date que du XIXème siècle, de l'année 1868 (ou 9) pour être précis.

Les Anciens, et cela fait une énorme différence avec nous, ne concevaient pas la sexualité en fonction d'une grille de lecture qui distingue pratiques homosexuelles et hétérosexuelles. Eux opposaient la sexualité du citoyen actif - auquel tout ou presque était permis - à celle du non-citoyen passif qui jouissait d'une liberté bien moindre. C'est un doux euphémisme.

Rappelons aussi qu'à Athènes ne sont citoyens que les hommes adultes. Ce qui laisse un grand nombre de non-citoyens passifs à la disposition des honorables représentants du corps civique. Dont - évidemment - un tas d'hommes et d'adolescents de différents statuts parmi lesquels des citoyens en devenir.

Quoi qu'il en soit, tant qu'il est actif et que ses partenaires sont des non-citoyens qui ne le sont pas (actifs), un citoyen athénien peut faire à peu près ce qu'il veut avec à peu près qui il veut.

En revanche, les relations homosexuelles entre citoyens étaient sévèrement punies, la peine encourue en cas de récidive étant... la peine de mort. C'est dire si on ne badinait pas avec la chose.

Mais alors, d'où vient cette légende tenace qu'exprime si bien la vulgaire injonction à aller s'exhiber chez les Hellènes ?

Et bien, il faut en chercher l'origine dans une institution morale et éducative typique (mais pas exclusive) de la Grèce ancienne. Cette dernière consiste à confier l'éducation d'un futur citoyen (l'éromène) à un citoyen de plein droit (l'éraste).

Cette relation peut s'accompagner de relations sexuelles mais ces dernières n'en constituent (théoriquement) pas la finalité première.

Une preuve de plus que l'histoire - comme le voyage du reste - nous confronte en permanence à des façons de penser et de vivre parfois si proches des nôtres, d'autres fois si lointaines, lesquelles devraient nous inciter à considérer avec circonspection tout ce qui nous semble aller de soi.