Le 17 juillet 1453, la France remporte la guerre de Cent Ans et l’Angleterre redevient une île

Ci-dessus : la mort de Talbot à la bataille de Castillon. Cette enluminure provient du manuscrit de Martial d’Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, qui date de 1484. Le manuscrit est aujourd’hui conservé à la BnF, à Paris.

Ce jour-là, une armée française – dotée d’une puissante artillerie de campagne, c’est une première à souligner – écrase, non loin de Castillon, l’armée anglaise qui défendait la Guyenne.

Cette bataille est intéressante à plusieurs titres.

D’abord – bien que passée largement inaperçue en raison de la chute de Constantinople 45 jours plus tôt – la bataille de Castillon marque un tournant dans cette série de guerres que l’on appelle la guerre de Cent Ans (laquelle a duré en réalité 116 ans, mais c’est un détail).

Après la bataille, il ne faut en effet que quelques semaines à l’ost royal pour s’emparer des dernières places fortes que les insulaires contrôlaient encore sur le continent : l’Anglois est enfin bouté hors du royaume de France.

Cela dit, il faut rappeler que cette dernière campagne eut lieu parce que nombre d’habitants de la Guyenne (les Bordelais tout particulièrement) préféraient vivement la lointaine tutelle anglaise – laquelle s’accompagnait d’exemptions et de privilèges fiscaux – à la pesante présence française. On repassera pour l’unité nationale. Faut dire qu’en matière d’argent, c’est en général l’intérêt privé qui l’emporte. Les marchands d’armes romains ne vendaient-ils pas des armes aux barbares pendant les grandes invasions ?

Au passage, les vignerons du cru firent pression – c’est une image – pour que la campagne soit courte : les malheureux craignaient en effet que les combats ne compliquent les vendanges. Ce faisant, ils poussèrent John Talbot – le pourtant prudent commandant anglais – à attaquer inconsidérément l’armée française, laquelle était solidement retranchée. Ça ne vous rappelle rien, cette situation ?

Et oui, à bien y penser, la bataille de Castillon se présente comme le pendant de la bataille d’Azincourt. La boue en moins (et les canons en plus), tout y est. Y compris l’attaque à pied des chevaliers anglais. Avec la même triste conclusion : malgré des prodiges de bravoure, l’imprudent attaquant est taillé en pièces.

Remarquons enfin que les victoires de 1453 mettent un terme à une aventure qui avait débuté près de quatre siècles plus tôt avec la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie. Après Castillon, les Anglais font le deuil de leurs possessions continentales. L’Angleterre redevient une île. On peine à imaginer ce qu’aurait pu être l’histoire de l’Europe si l’Angleterre avait gardé un (grand) pied sur le continent.