Les spintriae : l’argent, l’odeur et la pudeur

Ci-dessous : spintria en cuivre, Ier siècle ap. J.-C. Le revers porte le chiffre XV. British Museum.

À son fils Titus, qui lui reprochait d’avoir remis en vigueur une taxe sur l’urine (le vectigal urinae), l’empereur Vespasien aurait répondu que l’argent n’a pas d’odeur — en VO, pour la frime : pecunia non olet.

Une taxe sur l’urine ? Ils sont fous, ces Romains !

En fait, pas du tout.

L’urine contenant de l’ammoniac, les foulons romains l’utilisaient, fermentée ou mêlée à de l’argile, pour dégraisser et blanchir certaines étoffes.

Chacun imaginera l’équivalent romain des publicités pour nos lessives modernes…

Les besoins étant énormes en la matière, les foulons avaient le droit — moyennant finance, évidemment, c’est là notre fameuse taxe — de disposer des amphores dans l’espace public afin de recueillir le précieux liquide.

Voilà pour l’odeur.

Et la pudeur, alors ?

Eh bien, le beau jeton que vous pouvez voir ci-dessous est une spintria.

Les spintriae s’utilisaient dans les bordeaux — oh, le beau pluriel médiéval que voilà — en lieu et place des monnaies officielles frappées du buste de l’empereur.

Que l’effigie du prince pénétrât en ces lieux où le plaisir se monnayait, voilà qui était jugé choquant. Du moins aux yeux de Tibère — ce grand hypocrite, Suétone dixit — qui décida ipso facto d’interdire la chose.

D’où les spintriae.

Fabriquées généralement en bronze, ces tessères furent utilisées au Ier siècle de notre ère. Elles portent à l’avers une scène érotique — voire franchement pornographique — et au revers un chiffre.

Les spécialistes s’interrogent sur la signification de ce dernier : indiquait-il le numéro d’une chambre, ou bien la nature, voire la durée, d’une prestation ? La question n’a pas été tranchée.