La tempête oubliée des Thermopyles
Ci-dessus : cette carte — que l’on doit à la souris d’Éric Gaba — nous montre la campagne des Thermopyles. En bleu OTAN, les Grecs ; en rouge Pacte de Varsovie, les Perses. Le lecteur doté d’une bonne vue remarquera le trajet tremblotant de l’escadre perse dont le destin fut brutalement interrompu sur la côte orientale de l’Eubée.
De la bataille des Thermopyles, notre mémoire collective a tout oublié ou presque, le sacrifice des Trois-Cents Spartiates de Léonidas mis à part. Or ce combat désespéré, livré par les Grecs pour gagner un temps précieux, fut mené — trois jours durant — sur terre et sur mer.
Commençons par la question des effectifs, sur lesquels nous renseignent Hérodote et Diodore — Diodore, j’adore ! Selon ces deux historiens, la petite armée grecque commandée par l’Agiade susdit, Léonidas Ier, aurait été forte de 6 000 à 7 000 hommes, parmi lesquels on trouvait — outre les Spartiates — des Lacédémoniens (eh non, ce n’est pas la même chose), mais aussi des Thespiens, des Thébains, des Locriens, des Phocidiens…
Trois jours durant, ces hommes combattirent courageusement, jusqu’à ce qu’Éphialtès de Trachis révèle aux Perses l’existence d’un sentier de montagne permettant de tourner la position des Grecs. C’est alors que Léonidas et les Spartiates décidèrent de se sacrifier pour protéger la retraite de l’armée grecque. Cela dit, 1 000 à 1 500 hoplites se joignirent à eux, dont les Thespiens — ils étaient sept cents —, qui représentaient l’essentiel du corps civique de leur cité.
Et pendant que les hoplites ferraillaient sur le plancher des chèvres — les vaches étaient rares en Grèce —, une flotte de près de 300 trières bataillait autour de l’Artémision pour protéger les flancs de l’armée de Léonidas. Sans l’engagement de la flotte grecque coalisée, les Perses — qui n’étaient point sots — auraient pu débarquer des troupes dans le dos des Grecs.
À propos de manœuvre de contournement, les Perses avaient expédié une puissante escadre pour attaquer la flotte grecque à revers en contournant l’Eubée. Il faut croire que Poséidon — ou le hasard — était du côté des Grecs, car une violente tempête anéantit l’essentiel de cette escadre, les Athéniens poursuivant et coulant les rescapés une fois le beau temps revenu.
Sans cette tempête providentielle, il y a fort à parier que la flotte grecque aurait été détruite à l’Artémision, défaite qui aurait rendu impossible la victoire de Salamine. Et donc la résistance des Grecs.
D’où l’on peut conclure que les Anciens n’avaient pas tout à fait tort en rendant un culte à la Fortune.